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Quelles technologies et quels modèles de déploiement pour généraliser l'accès à internet ?


En 2008, le taux de pénétration de l’Internet représente 5,6 % de la population sur le continent Africain et 17,4% sur l’Asie. Ces pourcentages s’élèvent à 74,4% pour l’Amérique du Nord, 60% pour l’Océanie et 49% pour l’Europe. (Taux de pénétration tirés des statistiques mondiales de l’internet)
Alors que dans les pays les plus développés, la question porte sur l’accès au « très » haut débit ouvrant les portes à des usages innovants et des échanges de données instantanés, la question porte encore sur l’accès de base dans de nombreux pays. Les écarts se creusent et la course au progrès pourrait accroître les disparités déjà prégnantes.

Les grandes avancées technologiques en matière de télécommunication permettent aujourd’hui de communiquer par des voies très diversifiées et de mettre en place des solutions mixtes : fibre optique, câble tv, paire de cuivre téléphonique (DSL et RTC), cuivre électrique (CPL), laser, satellite, Wimax, Wifi, téléphonie mobile (EDGE, UMTS, HSDPA, Wimax mobile, LTE)…

Carte de la télé-densité dans le monde (en concentration d’adresses IP par points)

Devant ce gap mondial qui se déplace plus qu’il ne se réduit, plusieurs questions essentielles se posent :
  • Quelles solutions techniques pour connecter des zones enclavées, rurales et urbaines ? (fixe, mobile, câble, fibre, satellite, etc.)
  • Quels modèles de déploiement ? (modèles économique, gouvernance, réglementation)
  • Quels usages essentiels et innovants pour ces zones et leurs populations comme la télémédecine, l’administration électronique ou l’enseignement à distance ?

En novembre 2008, à la Conférence de Lyon pour la solidarité numérique, certains experts se sont penchés sur ces questions lors d’un workshop international sur l’accès à Internet dans les zones les plus défavorisées (zones rurales, à faible densité, et/ou à faibles ressources économiques). A l’issue des travaux, quelques recommandations insistent sur la nécessité de poursuivre le dialogue entre les acteurs sur les points suivants :
- l’importance du développement des technologies sans fil et l’explosion des offres de communication mobile
- l’utilité des centres multimédia communautaires (combinant plusieurs technologies)
- le rôle possible des satellites, au moins dans les zones les plus difficilement accessibles
- l’intérêt des points d’échange Internet qui permettent de renforcer les communications locales et de réduire les coûts

Avec web2solidarité.org, poursuivons ensemble ce débat clé sur les grands enjeux de la connectivité au Sud!

Invités témoins attendus dans ce débat :
Eric serge Nintidem, (membre de web2solidarité) Ingénieur en Télécommunication et consultant chez Bouygues Télécom.
Marc Duchesne, Consultant expert en fibre optique et télécoms, France
Patsy Demoulin, Consultante IT – Analyst, Belgique
Luc Missidimbazi, Ingénieur Télécom Président de l’association PRATIC, Congo
Serge ZIEHI, Responsable du Réseau Wi-Max Orange Niger, Côte d’ivoire.
Jean-Michel Cornu, Directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération.
Laurent JERINTE,Expert TIC en Pologne

Annie Chéneau-Loquay, Directrice de recherche CNRS
Albéric Chimon, Directeur de Labomobile
Didier Kasolé, AFRISPA (Association des associations africaines de fournisseurs d’accès Internet africains)

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Y répondre

Réponses à cette discussion

Internet est presque devenu un Bien public global.
A ce titre, son accès devrait s'ériger comme un droit universel. Donc il conviendrait de parler d'un accès universel.

De façon générale ou synoptique, Internet peut être appréhendé comme ayant deux niveau d'abstraction : l'infrastructure réseau ou d'accès et les services.

Pour l'internaute, la partie visible c'est les services dont la QoS dépend de la technologie utilisée pour construire l'infrastructure.

La qualité de cette infrastructure conditionne la qualité des services offerts aux internautes. C'est ainsi que dans la plupart des pays en voies de développement tous les services offerts par l'internet ne sont pas disponibles.

Pour palier à cette barrière ou résorber à cette fracture dite numérique, il convient de choisir ou d'investir dans le solutions technologies appropriées.

Internet étant universel, je pense pas qu'il y ait une technologie pour les pays développés et une autres pour les pays en développement.

Cependant, dans l'optique d'apporter une solution immédiate à ce problème, des "hommes d'affaires" ont vite fait de présenter certains technologies (sans fil, centres multimédia) comme celles adaptées aux pays en développement.

Ce courant de pensée a conduit au déploiement de plusieurs réseaux parallèles par des opérateurs TIC. Ce qui n'a pas contribué à la lutte pour la réduction de la fracture numérique par les Gouvernements.

Imaginez vous un monde ou chaque agence de voyage dispose de sa propre route, construite suivant son budget et son cahier de charges. Cela ne pourra renchérir que l'accès aux TIC en général et à l'Internet en paticulier. Tel est la situation dans plusieurs Africains.

Ainsi une approche de déploiement qui me semble raisonnable et qui place l'intérêt des citoyens au premier rang serait que les Gouvernements prennent le contrôle des infrastructures nationale (uniquement). Et que celles ci soient construites en fibre optique avec une couverture territoriale maximale. Afin de permettre l'accès aux zones rurale enclavées, le retour aux technologies sans fil (WiMax, WiFi, Mobile, etc.) sera la bien venue. La partie service sera alors à la charge des opérateurs sous la régulation de l'Etat.
Allons à la découverte de Labomobile :


Opérant en Afrique (Siège social à Dakar) et en Europe depuis 1997, Labomobile est un collège d'experts internationaux reconnus dans les domaines pointus de télécommunication, des réseaux sans fil, de la voix sur IP et des technologies de eVillage. M. Albéric Chimon, Directeur du Labomobile, nous livre ici ses réflexions sur les défis de la connectivité au Sud. Son témoignage, qui se base sur son expertise de terrain et qui met en lumière les "success stories" du Labomobile, apporte un éclairage à notre débat de ce mois.

- Web2solidarité : Quelles technologies et quels modèles de déploiement pour généraliser l'accès à Internet ?

- Albéric Chimon : L'Afrique est un continent très riche en ressources humaines et minières mais très pauvres d'esprit car les gens se confinent dans la théorie d'absence de moyens et pleurent tout le temps au lieu de s'entraider ou d'aider les plus faibles à renforcer leur capacité et compétences en matière de développement endogènes et d'adaptation des technologies à la vie réelle ! Comment comprendre que nous avons des ingénieurs agronomes qui restent dans les bureaux climatisés alors que nous avons la famine qui sévit en Afrique ? Comment comprendre que des ingénieurs Télécom refusent d'innover pour régler les problèmes concrets du continent en apportant des solutions innovantes pour l'Afrique ?

Un exemple très simple est le GSM , on remarque en Afrique que les Gsm ou téléphone cellulaire ont un succès important , mais qu'il existe encore des villages et des zones qui ne sont pas couverts et donc où les opérateurs traditionnels vous demanderont des certaines milliers d'euros ou de dollars pour amener le signal Gsm à 40 à 50 km de la base BST , alors que l'ingénieur Télécom peut se faire former et fabriquer une antenne avec du matériel local qui coûtera environ 100 dollars et non 200.000 dollars et règlera le problème d'un village en entier! C'est là où nous on n'intervient et on essaie d'apporter des solutions concrètes en tenant compte des problèmes socioéconomiques et en sortant du box comme le dise les anglo saxons 'out of the Box '


Grâce aux technologies bien pensées et adaptées, les cadres africains peuvent apporter des solutions concrètes, tout en améliorant le quotidien des gens. Nous aidons les gens dans l'auto emploi en leur montrant en quelques jours ce qu'ils peuvent faire pour gagner de l'argent avec les technologies de pointes et vous pouvez voir en suivant ces liens les commentaires des différents participants à nos ateliers de formations : www.labomobile.net/rdc et www.labomobile.net/cameroun
Il est important de retenir que nous africains, nous devrons prendre nos destins en mains de manière intelligente et intégrer les solutions technologiques à nos réalités, tout en aidant les plus faibles à générer des ressources pour leur survie quotidienne.

- Web2solidarité :Vous aviez fait de Gorée, le 1er village sans fil d’Afrique. Comment un tel projet a-t-il pu se réaliser ?

- Albéric Chimon : Le projet a été réalisé grâce à une entente entre la mairie de Gorée et Labomobile. Nous avons apporté sous fonds propres l'ensemble du matériel, l'expertise et nous avons fait l'installation. La mairie a apporté l'appui logistique. Nous sommes prêts à répéter l'expérience ailleurs en Afrique.

- Web2solidarité : Quelles sont les difficultés rencontrées sur ce projet ?

- Albéric Chimon : La plus grosse difficulté, ce sont les opérateurs de Télécom et de régulation qui nous ont demandé d'arrêter la diffusion du signal car ils nous considèrent comme un concurrent. Mais nous, nous faisons de la solidarité numérique et du 'social entrepreunariat' pour réduire la fracture numérique et montrer qu'en Afrique, c'est possible même avec peu de moyens de faire de grande choses.

Le plus gros problème du wifi en zone francophone, c'est la régulation et il faut l’aborder très tôt et négocier ou travailler avec des opérateurs qui, souvent, demandent un coût exorbitant pour installer un réseau qui coûte dix fois ou voire 100 fois moins chers si c'est fait dans une approche de solidarité numérique. Malgré tout cela et comparé aux autres pays africains, le Sénégal demeure un très bon exemple à suivre en Afrique francophone à part ces quelques difficultés.


- Web2solidarité : En dehors de ce projet, quelles sont les autres réalisations de Labomobile qui peuvent être citées comme des exemples de bonnes pratiques en terme de connexion, d’interconnexion, de formation et de renforcement des capacités dans le domaine des télécommunications en Afrique ?

- Albéric Chimon : Nos réalisations sont nombreuses. Pour avoir une idée, voici le site de nos projets en cours

Nous avons aussi installé le plus grand réseau wifi de l'Afrique francophone à l'Université UCAD de Dakar, un géant hotspot pour 80.000 étudiants !!!

Nous avons également installé des hotspot pour l'éducation en Guinée, au Bénin, au Cameroun....(Voir notre "success story")

En ce qui concerne la formation (voir les tout derniers en date), notre modèle de formation apporte les deux tiers de revenus au pays et nous, nous ne gardons que le tiers.

- Web2solidarité : Vous proposez une solution innovante, notamment le kit E-Case ? De quoi s’agit-il concrètement et quel est le public ciblé par cette innovation ?

- Albéric Chimon : La solution E-case est très simple : elle règle trois problème à la fois, le problème d’électricité, d'Internet et de téléphone ! Donc concrètement, quand je suis dans un village où il n'y a pas d'Internet, ni de téléphone, ni d’électricité , le kit E-case apporte ces trois choses à la fois !
Internet, le réseau des réseaux est un réseau mondial qui fournit plusieurs services tels que:

- Le web,
- La messagerie,
- Les recherches.


En Afrique, on peut dire qu'on a une certaine chance d'utiliser les dernières technologies, bien que cela apparaisse absurde. Une concurrence farouche entre Fournisseurs publiques et privés occasionne l'offre des dernières technologies. Néanmoins les coûts d'accès restent élevés compte tenu des facteurs environnants tels que le coût de l'électricité et des matériels d'utilisation.

Les gros fournisseurs d'accès offrent les services suivants : RTC, LS, RNIS, BLR, ADSL, CDMA.

Chaque milieu selon ses moyens techniques et financiers peut faire un choix judicieux parmi les différentes offres citées ci-dessus.

Cependant, les organismes internationaux, Banques, ONG, associations, programmes et projets possédant des moyens financiers acceptables optent naturellement pour les accès hauts débits: LS; satellites pouvant occasionner des interconnexions.

De même, les Instituts d'enseignements supérieurs ayant une certaine obligation de connexion face aux besoins académiques, optent pour des accès ADSL; assez pratique et moyennement coûteux.

Enfin, les particuliers optent pour des accès RTC standards moins coûteux et faciles d'accès.

Bien qu’Internet soit un produit coûteux, beaucoup sont ceux qui se battent pour l'acquérir, car le constat général est que ce produit est devenu un outil de travail partie intégrante de l'ordinateur.

L'Afrique n'est pas très en retard comme beaucoup le pense, si bien que le fossé numérique perdure.

Dans le cas du monde rural, les entreprises, associations, centres médicaux et institutions dotés d'un réseau informatique avec un accès Internet sont assez rares. Pour pallier ses insuffisances, les solutions techniques appropriées d’accès sont les réseaux régionaux, RAN (Rural Area Network).

Cette technologie utilise les réseaux sans fils permettant une gestion moins contraignante par rapport aux accès des serveurs et services internet car des points d’accès (PA) peuvent être déployés à travers la région suivant l’importance des axes. Les postes clients utilisent des cartes Wifi pour les éventuelles connexions distantes.

Les intérêts des connexions des zones rurales sont :

Ouverture au monde extérieur; cela pourrait permettre aux Africains de bénéficier de la formation virtuelle à distance ou de permettre une formation locale aux étudiants et élèves.

Implantation des antennes chirurgicales et exploitation des assistances à distance avec des centres urbains. Diagnostiques médicaux à distance avec des spécialistes. Ces nouvelles technologies apporteront un apport considérable sur la qualité de la santé aux zones rurales et réduiront par là le taux de mortalité.

Création des liens sociaux.

Chez moi au Burkina Faso, les provinces reculées bénéficient des connexions CDMA qui ouvrent de mieux en mieux des voies d'accès. Cependant, la BLR plus coûteuse que les dernières technologies désenclavait les zones les plus reculées et moins accessibles.

L’outil informatique est, par excellence, la voie du développement, économique, académique, scientifique et technique ; alors, ne pas en posséder de nos jours est synonyme de limites de compétence et de progrès.

La solution, c’est l’apport des ordinateurs dans tous les milieux ; aussi, l’Afrique doit savoir se battre pour s’insérer dans le monde de la technologie et mettre en place des idées novatrices.

NB: L'accès par RTC est très pratique car des infrastructures sont déjà déployées sur place, cependant, l'avantage est au progrès des accès DSL car il s'agit d'un haut débit.

Les accès VSAT sont assez pratiques en zone rurale mais la technologie est moins déployée sur place vu la technologie et les coûts d'accès.

COMPAORE Abdramane,
Ingénieur Informaticien,
Consultant indépendant.

http://africa-teaching.tk
1- Vous avez organisé récemment des Journées de réflexion sur les TIC au Congo. A l’issue de ces journées, quelles sont les recommandations principales qui ont été faites pour le développement des infrastructures et l’amélioration de la connectivité au Congo ?

Depuis le mois de septembre 2008, PRATIC conduit une réflexion autour des TIC au Congo, dans le but d’initier des projets structurants, nous avons à cet effet organisé une enquête sur le terrain auprès d’un échantillon de Congolais. Nous avons discuté avec la majorité des acteurs des TIC au Congo, à savoir les institutions, responsables administratifs, responsables des ONG, de la société civile, dirigeants des sociétés privées etc… A l’issue de ce travail, nous avons tenu deux phases de séminaires d’analyse avec les acteurs. Reste à finaliser ce travail après l’élection présidentielle.
D’ors et déjà, nous avons identifié deux principaux problèmes qui freinent le développement de TIC au Congo, le manque d’infrastructures et une faiblesse en formation.
Nous avons édité un mémorandum qui est adressé à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, mémorandum qui contient plusieurs recommandations pour développer les infrastructures et améliorer la connectivité. Les aspects liés à l’infrastructure sont consignés dans Plan National de Construction des Infrastructures Numériques. Ce plan contient 7 actions
- La création d’un haut conseil technique de construction des infrastructures de Télécommunications rattaché à la présidence,
- la création d’une Régie Autonome de Gestion d’Infrastructures Nationales,
- la couverture numérique en zone prioritaire,
- la mutualisation des infrastructures de tous les réseaux,
- la gestion automatisée du Spectre de fréquences Radioélectriques,
- la création de point d’échange Internet National (IXP),
- faciliter l’accès aux équipements numériques domestiques.
Il faut rappeler que le mémorandum contient 10 plans, contenant chacun plusieurs actions.


2- Depuis quelques mois, le coût des communications téléphoniques sur mobile a considérablement baissé à
Brazzaville. A quoi est liée cette révolution dans le secteur des télécommunications au Congo ?

Effectivement, depuis quelques mois le coût des communications nationales et internationales a sensiblement baissé. Il ne fait aucun doute que cette « révolution » est la conséquence première d’une dynamique concurrentielle, créée par l’arrivé sur ce marché d’un troisième opérateur mobile.
Mais aussi, il faut dire que plus de dix ans après les premières installations, les deux anciens opérateurs mobiles, ont considérablement amorti leurs infrastructures et augmenté significativement le nombre d’utilisateurs. Il était donc normal que le consommateur bénéficie d’une baisse.
Enfin, on ne peut pas oublier l’aboutissement des négociations de baisse des taxes de l’interconnexion (entre les trois opérateurs), engagées par le Ministère des postes et télécommunications, qui ont contribué à la baisse du coût d’entré dans le réseau des opérateurs tiers.

3- Où en est le projet du Congo d’être raccordé au réseau sous-marin qui lui ouvrira les portes de la toile mondiale grâce au déploiement de la fibre optique ?

Le gouvernement Congolais en charge de ce projet est seul habilité à répondre à cette question, il est difficile aujourd’hui de se prononcer sur un projet aussi complexe quand on ne participe pas au comité de pilotage..
Toutefois, on peut dire que le Congo fait partie du Consortiums WACS (West Africa Cable System), qui construit un réseau sub-marin de 14000 km et doté d’une capacité de conception minimale de 3,84 Tbit/s, un projet conduit par Alcatel Lucent, avec une mise en service commerciale prévue en 2011.
Entre temps, nous espérons que des projets de construction de Backbone régionaux seront lancés pour raccorder les différents départements nationaux. Car en effet, la connexion à une fibre sub-marine n’est pas une fin en soi, il faut transporter les informations dans tout le territoire national.
Dans le cadre du débat sur la connectivité, Jean Michel Cornu, en tant que directeur scientifique de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), apporte des éléments de réponse techniques et scientifiques sur les blocages et les potentialités de déploiements d'Internet pour un accès généralisé au réseaux de communication.




1- Qu’entend-on par « accords de peering » ?

Jean Michel Cornu :

Il faut bien comprendre que l'internet est un "réseau de réseaux". Un accord de peering est un accord entre deux Fournisseurs d'accès internet (FAI) qui décident d'interconnecter directement leurs réseaux et leur trafic. Cela permet d'éviter de passer par des intermédiaires pour acheminer du trafic Internet d'un des FAI à l'autre. Le peering peut se faire directement entre les deux réseaux ou en utilisant des "points de peering" mutualisés où arrivent plusieurs FAI qui peuvent passer ensuite des accords entre eux.


2- « Il revient plus de trois fois plus cher de se connecter à Internet au Sud plutôt qu’au Nord... » Ce constat que vous avez fait en 2003 sur la base d’une estimation comparative entre les coûts des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) du Nord et du Sud (pour un service équivalent) est-il toujours valable aujourd’hui ?

Jean Michel Cornu :

Malheureusement oui. Cela est dû au peu de solutions pour interconnecter par exemple le continent africain avec le reste du monde. Il existe bien une fibre optique qui fait le tour du continent mais elle manque de concurrence. Les solutions satellites coûtent cher car les solutions plus récentes qui permettent des accès à très bas coût par satellite (entre 30 et 40 euros / mois en France par exemple) ont été mises en place en priorité dans les pays du Nord. On peut espérer que le déploiement de solutions d'interconnexion par satellite entre les fournisseurs d'accès comme le projet O3b avec Google prévu pour 2010 permettra de développer enfin le cercle vertueux de baisse des coûts.



3- Compte tenu de l’émergence de technologies dites alternatives, y a-t-il eu au cours de ces six dernières années une baisse du coût de transit de trafic Internet, fixé par les fournisseurs de dorsale (Internet Backbone Provider ou IBP) ?


Jean Michel Cornu :

Les technologies interactives se sont surtout développées dans les réseaux d'accès (entre les utilisateurs et le fournisseur d'accès Internet). Les dorsales utilisent principalement la fibre optique. Si le nombre de fibres optiques entre l'Europe et les Etats Unis est très grand, il n'en va pas de même entre les pays du Sud et le reste du monde. Il existe deux pistes pour faire changer cela :

- Soit une institution internationale décide d'investir dans de la fibre entre le Sud et le Nord (mais aussi entre le Sud), et, au lieu de tout sous traiter à un opérateur qui fixera les prix, propose un "réseau neutre" : plusieurs opérateurs peuvent vendre des services sur la fibre comme si il y avait dans les faits plusieurs fibres optiques. Cela est dû au fait que la capacité d'une seule fibre optique de dernière génération dispose d'une bande passante tellement importante qu'elle serait à elle seule capable de faire passer l'ensemble du débit mondial de l'Internet.

- Soit différents opérateurs satellites mettent en place des services à partir des satellites de dernière génération, qui permettent de faire baisser les coûts. Cela peut être un moyen d'interconnecter les fournisseurs d'accès Internet locaux (comme le projet O3b dont nous avons parlé) ou bien de proposer directement un accès Internet par satellite à un prix proche d'un accès internet ADSL dans les pays développés (moyennant cependant le coût de la parabole).

4- Dans votre dernier ouvrage «Prospectic : Nouvelles technologies, nouvelles pensées», vous insistez beaucoup sur la notion de « convergence ». Peut-on réellement envisager aujourd’hui une convergence entre des réseaux qui sont de plus en plus variés avec des applications diversifiées (LAN, WAN, MAN, Ethernet) ?

Jean Michel Cornu :

En fait il faut prendre en compte trois niveaux dans les réseaux, chacun a des besoins de convergence différents :

- Au niveau le plus bas, nous avons besoin d'un très grand nombre de types de réseaux physiques pour connecter nos machines fixes ou mobiles : réseau mobile de type téléphonie 3G ou encore WiMax mobile), réseau sans fil pour connecter des postes qui ne sont pas en déplacement par rapport à la borne (comme le Wi-Fi) réseaux fixes (Ethernet...)

- Au niveau intermédiaire, c'est là que tout se joue pour permettre d'interconnecter tout avec tout. Internet est une technologie qui permet d'interconnecter de très nombreux types de réseaux différents. Aujourd'hui les téléphones mobiles de troisième génération et surtout ceux prochainement de 4ème génération, savent s'insérer dans ce réseau global. Il y a de grandes discussions actuellement pour savoir ce qu'il faudra dans les prochaines années pour permettre d'aller encore plus loin en connectant non seulement les hommes mais aussi les objets (une nouvelle version de l'internet : IPv6, un nouveau type de réseau proposé par les opérateurs : le NGN ou bien encore la toute récente proposition d'un nouveau type de réseau reprenant les bases mêmes qui furent aux sources de l'Internet : la Pouzin Society voir mon article


- Enfin, au niveau supérieur, on trouve de très nombreuses applications. Si la couche intermédiaire a bien permis d'interconnecter les différents types de réseaux alors on peut avoir des applications entre tous les types de terminaux : du web et du mail entre tous les terminaux Internet, mais aussi du téléphone entre des téléphones mobiles et des ordinateurs, des échanges en vidéo, la télévision, etc.
En fait c'est la couche intermédiaire qui assure la convergence au départ entre les différents types de réseau informatique, et maintenant en y incluant la téléphonie et la télévision.
Laurent Jerinte, expert TIC pour la Pologne, nous fait part de sa vision de la situation polonaise en matière d’accès à internet :

Laurent Jerinte : Merci pour votre message. C'est avec plaisir que je vais essayer de répondre aux questions que vous vous posez sur la Pologne.


Quels exemples de déploiement de technologies illustrent l’effort du gouvernement polonais en terme d’aménagement numérique des territoires ?

Laurent Jerinte : La fibre optique n'est pas encore reellement deployee en Pologne. Seul un quartier de Varsovie en est pour l'heure equipee, et ce a titre experimental. Plusieurs projets sont toutefois en cours et les pouvoirs publics misent enormement sur cette technologie pour combler le fosse numerique qui se creuse entre les zones rurales et les grandes agglomerations polonaises. Mais ce sont generalement des projets a moyen terme qui ne se concretiseront vraiment que d'ici 4 a 5 ans. Le gouvernement polonais garde surtout en ligne de mire l'horizon 2011 - 2012 car ce seront deux annees primordiales pour la Pologne. En 2011, la Pologne occupera la presidence de l'UE et en 2012 sera organise l'Euro 2012, un evenement extremement mediatise. Dans tous les cas, les pouvoirs publics esperent montrer que la Pologne est capable de rivaliser avec ses meilleurs voisins europeens en terme d'infrastructures et de connectivite.
Pour en finir sur la fibre optique, le gouvernement polonais possede dans ses cartons un projet de loi specifique a la fibre optique, dont l'adoption est prevu avant la fin de l'annee. Plusieurs mesures phares sont prevues, que je detaille justement dans un recent article que je vous invite à consulter :
http://www.laurent-jerinte.com/2009/05/13/le-gouvernement-de-donald...

Comment se caractérise la course effrénée au haut débit en Pologne aussi bien du point de vue des utilisateurs/clients que des opérateurs/fournisseurs de service ?

Laurent Jerinte : Il est vrai que la course au haut debit bat son plein en Pologne. Tres recemment le cablo-operateur UPC Polska, leader dans son secteur, a jete un veritable pave dans la mare en relevant le debit de ses abonnes a 30 Mb/s, un record pour le pays. Jusqu'a present, les meilleures connections plafonnaient a 18 Mb/s, et encore ce sont surtout des debits theoriques qui ne concernent qu'une poignee de gens. Pres de 75 % des internautes en Pologne ont une connexion egale ou inferieure a 1 Mb/s, soit un debit relativement modeste. Ceci est du a la relative cherete des acces haut-debit ainsi qu'a la vetuste relative des infrastructures telecoms, et notamment a la faiblesse du reseau de lignes fixes. Du coup, les operateurs de telephonie mobile sont tres actifs en la matiere et tendent a s'imposer de plus en plus comme des FAI credibles a meme de concurrencer les operateurs fixes. Certains FAI exploitent egalement d'autres technologies sans fil de longue portee tel que le WIMAX. Enfin certains operateurs travaillent au deploiement du haut debit, plusieurs projets ont ete annonces du cote des cablo-operateurs. Outre la fibre optique, une autre technologie prometteuse risque de revolutionner le marche, le LTE.
Cote utilisateur, les internautes polonais sont de plus en plus des consommateurs avises et ils n'hesitent plus a comparer les offres. Il y a encore quelques annees, l'operateur historique TP regnait en maitre mais le developpement du degroupage partiel et desormais totale est en train de sonner le glas de son hegemonie. La part de marche de TP n'a cesse de baisser pour atteindre desormais les 55 %, le tout au profit d'operateurs prives moins chers et offrant des debits plus eleves.
Il faut enfin noter le role actif de l'UKE - le regulateur polonais des telecoms - qui a largement contribuer a liberaliser le marche et lutter contre les entraves a la libre concurrence. Les FAI sont obliges de lacher de plus en plus de leste dans leurs conditions de vente, ce qui favorise la mobilite des abonnes qui n'hesitent plus a changer d'operateur au gre des promotions. Cette tendance devrait encore s'accentuer dans les prochains mois.
Un dernier mot sur les usages : le haut debit ne cessant de se democratiser avec un accroissement progressif des vitesses de connexion, les internautes polonais ont un usage de plus en plus diversifie d'internet. Autrefois cantonne au mail, a la messagerie instantanee et au surf, de plus en plus de Polonais regardent desormais la television ou ecoutent la radio sur internet. Sans oublier le telechargement intensif, pas toujours legal malheureusement. Seule la telephonie IP a du mal a decoller alors qu'elle est de plus en plus repandue en Europe de l'Ouest.
Les questions de choix technologique et de déploiement sont certes importantes mais je vais aborder des aspects qui sont plutôt des préalables pour créer un environnement favorable pour le développement des technologies.

Constat

#-1) près une décennie de privatisation des opérateurs de télécommunications étatiques et l'ouverture des marchés aux finances privées et à la concurrence , le constat est amère : le continent africain n'est pas connecté. Le "Sommet Connect Africa" de Kigali en 2007 avait pour ambition de développer des initiatives pour pallier à ce problème de connectivité. Les pays ne sont pas interconnectés entre eux et en interne connaissent une vetusté et une faiblesse des infrastructures de communication. Les Licences et les privatisations ont générées des sommes énormes, où sont parties ces sommes ?

#-2) Le privé, s'investissant sur le segment mobile s'est concentré sur l'accès et mettant en place un "backbone" dimensionné de manière optimale pour évacuer ses propres communications. Dans certains pays les faisceaux des opérateurs sont côte à côte. Chacun installe ses pylônes et construit ses locaux le plus souvent dans les mêmes espaces.

#-3) Les autorités de régulation mises en place dans la plupart de nos états font de leur mieux mais sont limitées dans leurs actions par les ministères de tutelle des technologies des technologies de l'information et de la communication. La séparation des fonctions de politique(Policy) et de régulation (Regulation) est de nom et dans la pratique ne marche pas.
Au niveau des régulateurs il manque aussi cruellement de compétences permettant de mieux encadrer et faciliter le développement du secteur.

#-4) D'un point de politique (Policy), les opérateurs étatiques et les opérateurs privés sont de plus en plus sous le giron de multinationales. Le secteur des télécommunications est pour beaucoup de politiciens (politics) une poule aux oeufs d'or et son devenir est laissé aux mains de ces multinationales dont l'objectif majeur est de faire du profit, le maximum de profit.

#-5) Les compétences locales sont ignorées et les cadres réglementaires et les projets de lois sont confiés aux experts du Nord. Ces documents répresentants les éléments cardinaux pour accompagner le développement du secteur sont des couper-coller et occultant dans beaucoup de cas les aspects propres aux contextes locaux. L'application de ces textes devient par la suite un véritable parcourt de combattant et les mises à jour un vrai problème. Depuis plus de dix ans le manque de compétences dans le secteur des TIC est toujours ressorti dans les rapports de colloques, atéliers, études etc. Qu'est-ce que les états attendent pour résoudre ce problème qui perdure ?

Quelques axes de réflexion

(A suivre ...)
Sanaga Technologies déploie au Cameroun depuis 2009 des solutions multi utilisateurs NComputing. Ces solutions permettent de partager les ressources d'une unité centrale entre plusieurs personnes.

Grâce à elles, les organisations réduisent les coûts d'achat, de maintenance et m^me d'électricité liés au parc informatique de 70 à 90 %

Nous permettons donc avec nos solutions, à tout le monde d'avoir accès à moindre coûts à un poste de travail. ce qui est un grand pas dans l'accès à cet outil.

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BURKINA FASO

Ce groupe est coordonné par Abdramane Compaoré, Ingénieur-Informaticien, Formateur, Expert en cybersécurité. Le groupe est ouvert à l'ensemble des acteurs des TIC intervenant dans la réduction de la fracture numérique au Burkina Faso.
14 mars
Billet de Hélène Pouille

Le guide numérique des associations, une ressource gratuite proposée par CitizenPlace

Bonjour,Je fais partie d'une jeune entreprise citoyenne, CitizenPlace, qui cherche à démocratiser l'usage du numérique au service de l'engagement associatif.Étant nous sommes ici sur le réseau social dédié à la solidarité numérique, qui cherche donc…Plus
13 mars
Icône de profilHélène Pouille, Abdou Karim Ndiaye, Pratic Congo et 4 se sont joints à Web2solidarite
13 mars
ZAKATIANA Jean Eric participe à l'événement de Cuty
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Congrès international CREMETICE à Eden Airport ORAN

28 juin 2012 à 30 juin 2012
Le  congrès international CREMETICE du 28 au 30 juin 2012, porte sur les thématiques des usages innovants des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour développement durable 2.0 et la préservation de l’environnement. Consulter…Plus
7 mars
ZAKATIANA Jean Eric a partagé l'événementde Cuty sur Facebook
7 mars

Évènements

  • Congrès international CREMETICE

    28 juin 2012 à 30 juin 2012Eden Airport ORAN

    Le  congrès international CREMETICE du 28 au 30 juin 2012, porte sur les thématiques des usages innovants des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour développement durable 2.0

    Organisé par REMETICE, réseau méditerranéen de compétences et pôle d’excellence de chercheurs en TIC, réseaux, Web collaboratif et E-Learning. (http://remetice.prog.fr/new) | Type : congrès, international

  • CREMETICE

    28 juin 2012 à 30 juin 2012Remplissage

    Chers collègues Bonjour J’ai le plaisir de vous informer  de la tenue du congrès international CREMETICE en cours de préparation, portant sur les thématiques des usages innovants des technologies de

    Organisé par REMETICE, réseau méditerranéen de compétences et pôle d’excellence de chercheurs en TIC, réseaux, Web collaboratif et E-Learning | Type : networking, tic, réseaux, web, collaboratif, et, e-learning

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